Naître dans l’ombre du colonialisme : Histoires de Matimekush

Au printemps 2025, on nous a approchées pour aller offrir une formation de doula dans le Nord-du-Québec. À Matimekush. À des milliers de kilomètres de la maison.
Notre premier réflexe a été de nous demander : pourquoi nous? Deux femmes blanches, sans compréhension réelle de l’expérience autochtone. Quand nous avons compris qu’aucune doula autochtone ne pouvait offrir cette formation, nous avons décidé de plonger, en expliquant clairement que nous ne pouvions pas couvrir la portion culturelle de la formation.

Nous avons travaillé fort pour monter un programme qui pourrait outiller deux doulas de la communauté. Dans nos recherches, nous avions découvert que les femmes devaient se déplacer jusqu’à Sept-Îles pour accoucher. L’hôpital de Schefferville a été démoli au moment même où les entreprises minières quittaient les lieux, dans les années 1980. Depuis, les femmes enceintes doivent prendre l’avion à 36 semaines de grossesse pour aller donner naissance loin de chez elles et de leur famille, souvent seules.

Durant la formation, les étudiantes nous ont parlé à plusieurs reprises de cette époque où leurs mères et grands-mères pouvaient accoucher dans la communauté. Aujourd’hui, il en est tout autre : elles sont déplacées à 700 km de la maison, laissant les autres enfants derrière, pour aller accoucher avec des inconnus, loin de leurs traditions. Je vous laisse imaginer le nombre de déclenchements, d’interventions et de violences obstétricales subies par ces femmes.

Nous avions tenté d’imaginer ce qui nous attendait lors de cette formation, et pensions connaître un peu la réalité des communautés autochtones du Canada. Mais le choc culturel a été immense. Impossible de tout comprendre en cinq jours, mais plusieurs choses nous ont marquées.

D’abord, cette insularité que vit la communauté de Matimekush est frappante. Jamais je n’aurais pu m’imaginer ce sentiment associé au fait d’être « prise » à cet endroit. Peu de façons d’y entrer ou d’en sortir. Une insularité à l’intérieur même du territoire québécois. Possible d’en sortir par avion ou par train seulement. Quand le commun des mortels peut prendre sa voiture pour aller chez Walmart, là-bas, il faut prendre l’avion.

Ensuite, la ségrégation entre autochtones et allochtones nous a saisies. Nous nous y attendions, mais avons observé une division assez claire. Les allochtones sont principalement présents pour offrir des services (santé, éducation) à la communauté ou pour extraire les richesses du territoire. Nous pensions trouver à Matimekush une culture ancestrale riche. Bien que nous ayons eu l’immense privilège d’en apprendre davantage grâce aux étudiantes, nous sommes restées avec un sentiment étrange : sentir très fort les impacts du colonialisme et du génocide culturel. Avoir l’impression de côtoyer des gens à qui l’on a arraché une culture pour leur imposer des dogmes qui subsistent encore aujourd’hui.

Une autre réalité qui nous a frappées est le coût de la vie. Tout y est astronomiquement plus cher : un simple panier d’épicerie coûte deux à trois fois le prix de ce qu’on paie au sud, un plein d’essence est un luxe, et les produits de base, quand ils sont disponibles, se vendent à des prix impensables. Pour des familles déjà fragilisées par l’éloignement et les inégalités structurelles, cela représente un poids immense.

C’est en pensant à ces femmes, à ces mères, à ces familles que nous lançons aujourd’hui une collecte de produits d’hygiène féminine et postpartum. Parce que personne ne devrait avoir à choisir entre acheter du lait pour ses enfants ou des protections hygiéniques. Parce que la dignité et le bien-être ne devraient pas dépendre d’un code postal.

Et au-delà des produits eux-mêmes, notre objectif est aussi de soutenir le démarrage d’un programme d’accompagnement porté par deux excellentes doulas de la communauté. Leur donner les ressources nécessaires, c’est leur permettre d’offrir une présence, une écoute et un accompagnement culturellement sensible, directement sur leur territoire.

Notre passage à Matimekush nous a ouvert les yeux et surtout le cœur. Si nous ne pouvons pas tout changer, nous pouvons au moins poser des gestes concrets de solidarité. Et ensemble, ces gestes comptent.

Lien vers la campagne de financement

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Une réponse

  1. En réponse à votre « mission » dans le nord : « Ouf!! Quelle expérience vous venez de vivre! Un dépaysement total! Vous êtes fortes mesdames… Vous et elles… Et notre solidarité le sera encore plus!! Merci de les aider avec cœur et sans jugement! ? »

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