Ce que nos enfants apprennent en nous regardant

Hier, en voiture, mes enfants se chicanaient. Ils me posaient plein de questions en même temps, et ma tête était déjà pleine de tout ce que je portais. J’ai pris une grande respiration et j’ai dit : « Maman a besoin que le trajet soit tranquille. La tête de maman est pleine de plein de choses, c’est trop pour moi là. J’ai juste besoin de silence pour pouvoir vider ma tête tranquillement. C’est ça que le repos fait pour moi. »

Ils ont arrêté de parler. Et j’ai réalisé : c’est ça, la parentalité.

Ce soir-là, au moment de les coucher, un de mes enfants m’a regardée et m’a demandé : « Maman, est-ce que ta tête va mieux ? Est-ce que t’as réussi à sortir des choses ? » Ils avaient écouté. Ils avaient retenu. Et dans cette petite question, j’ai vu exactement ce que je voulais leur enseigner.

Mon histoire est celle d’une maman, mais cette culpabilité, ce travail intérieur, je l’ai vu dans les yeux de tous les parents que j’accompagne, peu importe qui ils sont.

J’ai grandi dans une génération où les enfants devaient toujours être en train de faire quelque chose. Le repos, c’était pas productif. S’asseoir sur le sofa, c’était pas permis. Le soin de soi, ça n’existait pas dans notre maison. J’ai rarement vu mes parents prendre du temps pour eux, pas avec des amis, pas seuls, pas juste pour être.

Et me voilà, des décennies plus tard, encore à ressentir un pincement de culpabilité quand je m’assieds alors que la vaisselle attend dans le lavabo. Encore à me rappeler, doucement et parfois fermement, que j’ai le droit de m’arrêter.

Cette culpabilité, elle vient pas de nulle part. Elle m’a été transmise, silencieusement, sans que personne veuille faire de mal. Elle a été modelée en moi, par l’observation, l’absorption, le fait de grandir à l’intérieur d’une certaine histoire sur ce que ça veut dire d’être une bonne personne, un bon parent, un bon partenaire.

Voici ce que j’ai compris, après des années à marcher aux côtés des familles comme doula, et après des années à marcher dans ma propre parentalité : le modelage, ça fonctionne dans les deux sens. Ce qu’on fait, nos enfants apprennent à le faire aussi. Chaque fois qu’on se repose sans s’excuser, chaque fois qu’on nomme un besoin à voix haute, chaque fois qu’on dit j’ai besoin d’un moment, on écrit une histoire différente dans laquelle ils grandissent.

Je dis pas ça pour ajouter quelque chose à ta liste. Je le dis parce que c’est une bonne nouvelle, tu n’as pas besoin d’être parfait. Tu as juste besoin d’essayer, imparfaitement, de temps en temps. C’est assez.

Il y a une phrase à laquelle je reviens souvent avec les familles que j’accompagne : you can’t pour from an empty cup.

Ça semble simple. Ça ressemble presque à un cliché. Mais j’ai été assise avec assez de parents épuisés, vidés, profondément aimants pour savoir à quel point c’est radical d’y croire vraiment, dans son corps, pas juste dans sa tête.

Parce que croire ça, ça veut dire accepter que ton bien-être compte. Pas parce que ça fait de toi un meilleur parent, bien que ce soit vrai. Pas parce que ça optimise ta capacité, c’est pas une conversation sur la performance. Mais parce que tu comptes. Point final.

Et voici ce sur quoi je veux que tu t’assoies : quand tu te reposes, quand tu prends du temps pour une amitié qui te nourrit, quand tu poses une limite et que tu nommes ce dont tu as besoin, tu n’abandonnes pas tes enfants. Tu leur montres à quoi ressemble un adulte sain. Tu leur montres que leurs propres besoins vont mériter de la place eux aussi. Tu leur enseignes, sans aucun plan de cours, que prendre soin de soi c’est pas égoïste, c’est quelque chose qui vaut la peine d’être protégé.

Tes enfants ne sont pas responsables de ton bonheur. Ce n’est pas un fardeau qu’ils devraient porter. Et chaque fois que tu prends soin de toi, tu les libères de ce poids-là.

Ce que j’ai dit à mes enfants dans la voiture, n’était pas un discours parfait. C’était imparfait, non répété, un peu décousu – comme la vraie vie. Mais quelque chose s’est passé dans le silence qui a suivi. Ils ont compris. Pas complètement, pas pour toujours, mais dans ce moment-là: ils ont compris que leur maman avait un besoin, que ce besoin était réel, et que le nommer n’était pas une faiblesse.

Et puis ce soir-là, au coucher, ils m’ont demandé si ma tête allait mieux. Si j’avais réussi à sortir des choses. Si je me sentais mieux.

C’est ça que je veux pour tes enfants aussi.

Je veux qu’ils grandissent en sachant que leur bien-être compte. Que les limites, ne sont pas des murs, c’est des actes d’amour. Que les amitiés, les vraies, les nourrissantes, celles qui te font te sentir plus toi-même, valent la peine d’être protégées. Que le repos, c’est pas quelque chose qu’on gagne. Que prendre soin de soi, n’est pas égoïste. Qu’un adulte en santé, n’est pas quelqu’un qui s’arrête jamais, c’est quelqu’un qui sait quand le faire.

Et si tu es au début, avec un nouveau-né dans les bras – ton bébé comprend pas encore les mots. Mais c’est exactement le bon moment pour commencer à pratiquer. Parce que quand il va grandir, il aura jamais connu autre chose. Il t’aura toujours vu prendre soin de toi.

On a pas tous grandi avec ça comme modèle. Beaucoup d’entre nous l’apprennent maintenant, imparfaitement, en temps réel, pendant que nos enfants regardent.

Et c’est, je crois, une des plus belles et difficile choses de la parentalité. Elle nous demande de devenir la version de nous qu’on aurait voulu avoir comme modèle quand on était petit.

Kaëlla

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