L’entrepreneuriat collectif : Quand la sororité devient un levier politique

En cette Journée internationale des droits des femmes, il est coutume de célébrer les pionnières qui ont brisé le plafond de verre. Mais on oublie souvent de se demander : une fois le plafond brisé, est-on obligée de monter seule au sommet ?

L’image classique de l’entrepreneur est celle d’un conquérant solitaire. Un CEO qui redéfinit le marché, qui sacrifie tout pour des chiffres d’affaires vertigineux et qui incarne une force presque guerrière. C’est un modèle basé sur la domination et l’accumulation individuelle, au sein d’un système économique qui est lui-même à la source d’inégalités affectant plusieurs groupes, notamment les femmes.

Et si la véritable révolution entrepreneuriale était collective ?

Déconstruire le logiciel de la réussite individuelle

Choisir le modèle de la coopérative ou de l’OBNL, c’est accepter de déconstruire un logiciel mental que la société nous a implanté dès l’enfance. On nous a appris que pour réussir, il fallait être la meilleure, l’unique, la plus performante. Cette valorisation de l’unicité alimente une rivalité entre femmes, un frein majeur à notre émancipation.

L’entrepreneuriat collectif nous force à poser un geste radical : faire passer le « nous » avant le « je ». Ce modèle repose sur la propriété collective et une gouvernance démocratique qui appuie l’inclusion de perspectives diversifiées. C’est en créant ce sentiment d’inclusion par de petits gestes au quotidien qu’on réussit à faire une différence réelle.

La parentalité : Le point de bascule

Dans notre coopérative, nous avons vu naître une sororité organique entre femmes liées par la parentalité et l’entrepreneuriat, deux mondes souvent jugés incompatibles.

En mai dernier, lors du Sommet en économie sociale, les données sur la trajectoire économique des femmes au Québec étaient frappantes. Il a été documenté que la parentalité est l’un des quatre événements de vie majeurs susceptibles d’affecter la situation économique des femmes. Le poids de la parentalité, incluant la grossesse et l’interruption de carrière, affecte significativement le revenu des femmes, créant des iniquités qui se cumulent jusqu’à la retraite.

Combien de femmes ont mis leurs ambitions de côté parce que « les enfants sont trop petits » ? En misant sur le collectif, nous avons créé un espace où nous pouvons évoluer comme entrepreneures avec notre rôle parental, et non malgré lui. En économie sociale, l’inclusion n’est pas juste un ‘’buzz word’’; elle permet d’élargir les perspectives et d’innover pour répondre aux besoins réels des communautés.

Le collectif comme arme de changement social

Souvent, on nous dit qu’en collectif, on va plus lentement. C’est vrai. Mais on avance ensemble, en réfléchissant à des solutions innovantes pour des réalités partagées. Ce modèle permet d’inclure des perspectives diversifiées et de réimaginer l’entrepreneuriat.

Si l’entrepreneuriat classique vise à conquérir le monde, l’entrepreneuriat collectif vise à le transformer par le réinvestissement des surplus au sein de la collectivité. En choisissant la co-création, on puise dans des forces de rassemblement que l’on a trop longtemps sous-estimées.

La solution à l’iniquité ne se trouve pas dans une course individuelle vers le sommet, mais dans notre capacité à faire front commun. En nous réappropriant l’économie par la propriété collective, nous ne faisons pas que craquer le plafond de verre : nous changeons la structure même de l’édifice pour qu’il puisse enfin accueillir tout le monde.

À L’Entourage, nous croyons fermement que l’avenir sera féministe, social et collectif, ou il ne sera pas. Car c’est ensemble, dans cette sororité de projet, que nous bâtissons une économie qui travaille enfin pour nous.

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