Je m’y étais préparée… mentalement, physiquement, psychologiquement, émotionnellement — presque spirituellement. Depuis que j’ai 14 ans, peut-être même avant. J’ai toujours eu une fascination pour l’accouchement. Comment une femme peut-elle être aussi forte ?
Ma mère racontait les siens avec confiance, en disant : « Ça fait pas mal, c’est intense. » Ça m’est resté.
Mon premier bébé, je l’ai attendu, désiré. Il y a eu deux ans de calculs d’ovulation, une fausse couche. Le deuil. De l’acupuncture. Le décès de ma grand-mère. Et puis… il s’est accroché.
Pendant la grossesse, je regardais des vidéos d’accouchements sur YouTube — je trouvais ça tellement beau. J’ai même fait de l’hypnose pour préparer mon subconscient à un état de calme et de contrôle de soi. Du yoga prénatal. Je savais que ce serait transcendant comme sensation. J’avais vu ma sœur accoucher. Je savais que l’anneau de feu allait brûler. Mais je savais aussi que, quelques secondes après cette brûlure, mon bébé serait sur moi.
J’ai massé mon périnée, utilisé une pompe Épino (je ne voulais pas déchirer !), fait de la visualisation, dessiné, rédigé une lettre de motivation. J’ai rencontré mes sages-femmes… J’étais tellement mindée à accoucher naturellement. Pour moi, c’était une évidence. La maison de naissance. Tellement de femmes l’avaient fait avant moi… pourquoi je ne serais pas capable ?
Combien m’ont dit : « Tu vas voir, rendue là, tu vas changer d’idée. » « Ça fait mal, tu vas demander l’épidurale, pourquoi endurer ça ? » Eh bien… j’ai une tête dure. Quand j’ai une idée en tête… Accoucher naturellement, c’était mon plan. Point.
Mes deux accouchements ont été très différents.
Mon premier : travail actif et transition pendant 3 à 4 heures environ. Le faire descendre n’a pas été simple. Un gros 9,3 livres, ce bébé ! À chaque contraction, dans chaque position, je lui parlais : On est capables. Je me disais : « C’est pas de la douleur, c’est de la puissance. Chaque vague me rapproche de toi. On est capables, mon bébé, on fait ça ensemble. »
Telle une louve, ma bulle était grande. J’écoutais ma musique. J’étais dans mon univers. Il y a eu un moment dans le bain où j’ai commencé à sentir la peur monter, des idées intrusives : « Ostie… es-tu folle ? J’y arriverai pas. » J’ai dit à ma sage-femme : « Parle-moi, je perds mon sang-froid. »
Elle m’a dit :
« Séréna, tu es faite pour ça. Ton corps sait comment. Ton bébé sait comment. Tu es incroyable. »
BOOM. Toute ma confiance est revenue d’un coup. J’ai replongé dans mon état second.
On a rompu les membranes. Les vagues se sont intensifiées. Ma respiration aussi. Après une heure, ma sage-femme trouvait que je souriais encore un peu trop… Elle a découvert une deuxième membrane et l’a rompue. Ohlala, la vraie danse commençait !
J’ai essayé plusieurs positions. Finalement, épuisée, je me suis retrouvée sur le dos. Les contractions ne me laissaient aucun répit : elles venaient aux 30 secondes. Je me souviens des cuillères de miel dans ma bouche parce que je partais dans les vapes. Et puis, ma sage-femme :
« Séréna, on voit la tête ! »
J’ai touché avec mes doigts. L’euphorie.
Je savais : « Mon bébé sera bientôt sur moi. »
J’ai poussé de mes fesses, comme ma sœur me l’avait dit :
« Aie pas peur, pousse comme pour faire caca. »
C’est ce que j’ai fait !!!
Dans cette délivrance, cet abandon total, cette connexion avec tout mon être, j’ai senti l’anneau de feu me brûler le bord du vagin… puis ploutch : la tête était sortie.
Quelques minutes, quelques poussées plus tard : mon bébé était sur moi.
Cette sensation… une extase, une euphorie, une jouissance de la vie qui m’a traversée. Une force ultime. Adrénaline, dopamine, name it — si c’était un cocktail de drogue, j’en serais accro. Je n’ai jamais ressenti ça. C’est la plus belle fierté, le plus grand empowerment qu’une femme puisse vivre : je viens de donner la vie.
Ilann est né à 3 h 17 du matin. Même heure que son papa. Ça reste gravé.
Logann, lui, mon enfant pressé d’arriver, tel un petit taureau, s’est logé au creux de mon ventre au premier essai. Sans protection. Ilann n’avait que 10 mois.
À 40 semaines, lors de mon examen, j’avais des contractions. J’ai demandé un stripping. Rentrée à la maison, les contractions étaient déjà aux 5 minutes. Je suis retournée voir ma sage-femme.
J’étais dilatée.
Je lui dis : « Est-ce qu’on peut rompre les membranes ? Je sens que ça va aller vite, celui-là. »
Elle me répond : « Oui, si tu le veux. »
Je me positionne. Mon mari n’est même pas encore dans la pièce — il organise le plus vieux avec les grands-parents, dans le stationnement. Elle rompt les eaux. Et là, une vague de chaleur et une forte pression dans le bas du bassin.
Je dis : « Ooo, j’ai envie de faire caca ! »
Mireille me regarde : « Non, je pense que… c’est bébé qui vient. »
Je me mets à quatre pattes, comme un animal.
Je suis effacée complètement, ouverte à 7. Elle appelle les autres sages-femmes en urgence : « Bébé s’en vient ! »
Oh oui, je le sais !
À peine le temps de respirer. Je garde ma concentration. Marc entre dans la chambre, me voit les yeux froncés. Mireille lui dit : « Bébé arrive ! »
Et en même temps, je crie : « Je vais pousser, ça pousse, Mireille !! »
Elle me dit : « Tu es prête à pousser ? Laisse-moi regarder. »
Je sens ses doigts comme pour ouvrir mon col et je lui dis :
« Outch, MIREILLE ! » — sur un ton pas très zen — « JE VAIS POUSSER !!! »
Je me place sur mes coudes, deux oreillers en dessous. Instinctivement, je voulais accoucher à quatre pattes pour mon deuxième.
Ce bébé descendait à vive allure. J’AI SENTI TOUT MON CORPS S’OUVRIR.
J’étais en transe, dans un vortex de sensations fortes.
J’étais sûre de moi, confiante et puissante :
« Allez, mon bébé ! »
46 minutes après la rupture des membranes : sensation de brûlure, puis expulsion rapide, comme un ballon de foot.
Bébé est sorti.
L’euphorie m’a de nouveau envahie. Je me suis lancée sur le dos, une jambe en l’air, j’ai pris mon bébé sur moi. J’ai touché avec mes doigts…
Une vulve ?
Non ! Un petit bout en plus.
« Chéri, c’est un gars ! »
Il regarde. Me confirme.
Je voulais vivre cette surprise. Et c’était beau. Dans toute cette déferlante hormonale, découvrir cette âme qui m’avait choisie : mon petit Logann.
Cet accouchement rapide m’a autant marquée que l’autre. Ce que je retiens de tout ça, c’est qu’au travers de ma puissance, j’ai ressenti une lignée de femmes fortes avant moi. C’était puissant, c’était beau, c’était nous contre le monde.
Je sais que je peux tout faire.
J’ai donné la vie.
Et j’en suis fière, je suis une mère.
Merci de m’avoir choisie, Ilann et Logann.


