Histoire par Maëlle
Mise en contexte que la coop souhaite ajouter
Dans le respect des expériences vécues, nous partageons ici le récit d’une naissance tel qu’il a été confié à notre équipe. Ce témoignage reflète une expérience personnelle, unique à la personne qui le raconte. Chaque parcours de grossesse est différent, et les pratiques médicales peuvent varier selon le contexte clinique.
Ce texte ne comprend aucune recommandation médicale. Pour toute question concernant votre santé ou celle de votre bébé, veuillez toujours consulter vos professionnel·les de la santé.
Ma grossesse se passait à merveille jusqu’au troisième trimestre. Lors d’un rendez-vous, on m’a proposé une provocation à 39 semaines, parce que mon bébé semblait gros et qu’il y avait, selon le médecin, un risque de dystocie d’épaule, un mot qui fait peur, surtout quand on ne sait pas trop ce que ça veut dire.
À 32 semaines, j’ai fait une échographie dans un autre hôpital, où on estimait le poids du bébé dans le 97e percentile. J’ai appris plus tard que ces estimations pouvaient avoir une marge d’erreur importante, et surtout qu’elles peuvent différer d’un établissement à un autre.
Quand j’ai expliqué que j’avais déjà accouché un bébé de 9 livres 1 oz et que je préférais attendre, on m’a répondu que « le bébé pouvait rester coincé » et qu’il fallait alors « agir en une minute ». Comment rester calme après ça ?
Je ne savais pas qu’on utilisait parfois la peur comme argument, ici même, au Québec. C’est arrivé à plus d’une reprise pendant ce suivi :
Je souhaitais garder le cordon ombilical attaché quelques instants après la naissance. En parlant de ce projet, on m’a répondu que cela augmentait les risques de jaunisse, en me citant des chiffres en ligne et en mentionnant des études encore en cours sur la photothérapie. On m’a aussi dit que, si je persistais, je devrais signer une décharge. Ce moment, au lieu d’une discussion ouverte et bienveillante, m’a laissée avec un sentiment de méfiance et d’isolement.
J’aurais voulu qu’on me parle d’options, de nuances, de contexte, pas de peur.
De retour à la maison, après ce rendez-vous où l’on m’avait parlé du « bébé coincé », l’angoisse a pris toute la place dans ma tête. Je me suis rappelée ma première grossesse, qui s’était soldée par une provocation. Ce fut une expérience difficile : beaucoup de douleur, beaucoup de larmes, et surtout la conviction que mon corps n’était « pas capable ». Personne ne m’avait expliqué ce qu’était un score de Bishop ni à quel point il pouvait influencer la réussite d’une provocation.
Je ne connaissais pas vraiment la dystocie des épaules, donc j’ai pris le temps de faire mes recherches en regardant plusieurs sources fiables. Plus je lisais, plus j’étais fâchée et même encore aujourd’hui, quand j’écris mon expérience, je ressens encore cette frustration. Plus j’apprenais, plus je trouvais cette histoire de provocation ridicule, mais en même temps, en voyant ce que cela pouvait entraîner, j’avais encore plus peur de me faire provoquer. Avec du recul, je me dis que c’était peut-être pas juste une décision médicale, mais plutôt stratégique. Je reste amer. L’anxiété était présente… et si telle situation arrive, mais si… et si… J’ai finalement réussi à rester dans le moment présent et à prendre mes décisions en me concentrant sur ma dernière grossesse, mon état et celui de mon bébé. C’est sûr qu’après avoir beaucoup lu sur le sujet, j’en ai conclu qu’on parlait pas nécessairement de prévention, mais plus de contrôle.
Aussi, je tiens à dire que c’est en vivant cette histoire de provocation que j’ai réalisé qu’en devenant maman d’une petite fille, chaque fois que je me respecte, je lui enseignais à en faire autant. Et ça commence dès le tout début de son histoire. Alors, c’est avec tout mon courage que j’ai dit non à la provocation.
Le jour de l’accouchement
Le jour de mon accouchement, j’étais totalement déprimée. J’avais peur qu’on insiste encore lors de mon prochain rendez-vous. À un certain moment, je me suis dit : tu vas accoucher bientôt, tu veux accoucher naturellement donc ton mental doit être fort, arrête d’être déprimée. Alors j’ai réussi à lâcher prise. J’ai aussi parlé à ma fille : Come on girl, we can do it !
Et quelques heures plus tard… tout a commencé naturellement … ce fut un accouchement comme dans un film.
À 12h15, j’ai eu des contractions différentes de celles que j’avais depuis des semaines. À 12h42, j’ai appelé Kira, ma doula. Elle m’a dit de télécharger une application pour calculer mes contractions. Ma maison était en désordre, alors j’ai ramassé un peu la cuisine et poursuivi mon lavage.
À 13h, j’ai commencé à calculer. Après 30 minutes, on a réalisé que mes contractions étaient aux 2 minutes 30. J’ai alors été voir mon mari et nous sommes partis en vitesse. En chemin, j’ai perdu les eaux ! Mon mari conduisait comme dans un film de Rapides et dangereux ou presque ! J’ai senti le besoin de pousser, j’ai eu peur. Je ne voulais pas enfanter dans l’auto. Une chance, Kira était avec moi au téléphone, elle m’a rassurée.
En arrivant, l’équipe m’attendait déjà grâce à l’organisation de ma doula. Je suis entrée à l’hôpital en hurlant tellement les contractions étaient fortes. Ma fille voulait sortir ! L’équipe en place a été vraiment géniale.
À 14h15, j’ai commencé à pousser. Après avoir essayé plusieurs positions, la tête est apparue et j’ai senti le cercle de feu. À ce moment-là, j’ai su que c’était le moment. Une énergie incroyable m’a traversée et avec toute ma force, j’ai poussé : ma fille est née à 14h44.
Une belle cocotte de 7 livres et 14 oz. Et elle était au 60e percentile et non au 97e comme on me l’avait dit. En disant non à la provocation, j’ai eu l’accouchement de mes rêves. Le lendemain, je marchais, j’allais aux toilettes et je me suis même lavée. Je suis rentrée avec assez d’énergie pour m’occuper de mon fils. Bien sûr, la fatigue est arrivée, mais rien à voir avec mon premier accouchement où mon corps n’était pas prêt.
Et c’est là mon message : il faut arrêter de vouloir contrôler ou jouer avec l’utérus des femmes. On ne devrait pas nous pousser à prendre des décisions basées sur la peur, ni nous cacher des informations essentielles comme le score Bishop.
Si tu accouches à l’hôpital, prends-toi une doula : c’est un service essentiel !!!
Prépare-toi mentalement car c’est un marathon.
N’accepte pas qu’on te fasse peur si tout va bien pour toi et ton bébé. Tu as le droit de dire que tu veux attendre et voir ce qu’il se passe.
Ce qui est spécial avec l’accouchement, c’est qu’on oublie vite la douleur. Mais on oublie aussi de se plaindre parce qu’on est fatiguées, débordées et concentrées sur notre bébé. Donc beaucoup de traumatismes restent silencieux.
Cette fois, je refuse de me taire. Parce que chaque femme mérite d’être écoutée, informée et respectée. Parce qu’on est capables d’accoucher naturellement. Et sérieusement, je pense que si l’épidurale n’était plus donnée aux femmes, elles réaliseraient leur puissance ce qui entraînerait probablement une révolution, mais ça c’est une autre histoire !
La prochaine fois qu’on essaiera de vous faire peur, rappelez-vous que vous avez le droit de refuser qu’on contrôle votre utérus.
Aujourd’hui, je me dis que j’ai bien fait de m’écouter et de m’affirmer. J’en suis très fière. La nouvelle maman qui est née ce jour-là est beaucoup plus confiante et c’est vraiment le plus beau cadeau que je pouvais offrir à moi-même et à mes enfants.


