Mes seins, mon complexe, ma fierté
Du plus loin que je me souvienne, je voulais avoir des seins, pis des gros. Je me mettais des mouchoirs en guise de petits seins et, quelques fois, ben gros, question de me donner l’air d’une femme. Ces seins que j’attendais avec tellement d’impatience… Ça fait mal quand ça pousse. Pis avoir mes premières règles à 9 ans et déjà des petits seins pointus et douloureux, ça n’a pas été facile auprès des autres jeunes garçons et des filles. Je ne leur en veux pas. Faut dire que ma puberté a été un peu comme moi : vive et fougueuse d’arriver. Déjà en 6e année, je portais un bonnet B, je saignais et j’avais des boutons. Ouin, pas tant de beaux souvenirs. Et pourtant, j’étais si fière de mes totons, même si on me lançait « Séréna la rembourrée/kleenex ».
Pis est venue l’adolescence et la comparaison. Pour finalement commencer à être complexée par ceux que j’avais tellement espérés… Ouin, poussée bien vite, avec un tit défaut de fabrication : un mamelon plat et l’autre, au fond de sa grotte, ombiliqué. Ouf… c’était moins cute que sur les photos ou dans mes idées. Moi, je trouvais ça si beau, des mamelons qui pointent sous un chandail dû à un frisson. J’en ai été tellement complexée. Pourtant, mon premier chum, si gentil et doux, me rassurait. J’ai fait mon bout de chemin d’ado, à avoir des aventures, à garder ma brassière pour pas montrer ce défaut. J’ai même été jusqu’à voir une chirurgienne à 18 ans parce que j’étais pas satisfaite esthétiquement. Elle a pris des photos, m’a montré mes seins en gros plan, m’a aussi souligné qu’ils n’étaient pas d’une forme esthétiquement assez ronde. Et c’était une femme… Moi, je voulais pas toucher à mes seins, malgré que la forme m’énervait un peu. J’te dis que maintenant, après deux enfants et plus de cinq ans d’allaitement, haha, je reprendrais bien cette forme, mais bon…
Me voilà dans le bureau de la chirurgienne, qui m’explique la procédure : couper les canaux lactifères pour permettre à mes mamelons de ne plus être tirés vers l’intérieur. Enfin, ils seraient libérés !!! Délivrés !!! J’étais excitée à cette idée de porter des maillots de bain sans pads et des chandails sans brassière pour pavaner mes mamelons ! Mais ce que j’ai pas dit, c’est que depuis ma plus tendre enfance, l’allaitement était une obsession. Je trouvais magnifique les mamans allaitantes… peut-être inconsciemment désireuse d’avoir moi aussi des mamelons sortis. Alors, dans ce bureau, ce jour-là, elle m’explique que cette chirurgie risque par contre de compromettre, voire d’annuler, mes chances d’allaiter un jour… J’avais posé la question parce que j’avais lu ça sur Internet. Et cette idée m’a fait réfléchir. Dilemme d’idéal : le sens du beau sein ou mon désir d’allaiter, du haut de mes 18 ans ?
Puis elle termine en me disant : « Mais de toute façon, ça risque d’être compliqué d’allaiter avec ce genre de mamelons. » Ooooh ! Elle me connaissait clairement pas. Quand j’ai une idée et une conviction, tasse-toi de là, j’vais y arriver…
Elle m’a suggéré de faire percer mes mamelons, ça pouvait aider. Ce que j’ai fait, haha, petit trip piercing ! Le premier fait moins mal que le deuxième… C’est quand l’adrénaline descend que ça élance ! Finalement, après quelques mois, je les ai retirés. Ça guérissait mal des mamelons, pis c’était pas confortable. Et ça n’avait rien aidé. Mais c’était cute quand même.
Et voilà… Je tombe enceinte. Mais dans un coin de ma tête, y’avait encore cette phrase de la chirurgienne… Ma sage-femme, elle, voyait ça autrement. Elle m’a assuré qu’il existait toutes sortes de formes de seins et que mon bébé prendrait l’aréole et trouverait un moyen. Ça m’a donné espoir. Ooo que mon désir d’allaiter devient encore plus fort, aussi gros que mes seins. Ils ont dû atteindre le 34DDD. C’était quelque chose, je vous le jure. Je pouvais pas fermer mes bras à ma montée laiteuse.
Avant mon accouchement, j’avais collecté mon colostrum. Déjà une méga victoire pour moi : du lait sortait. Wow.
Mon défi anatomique a rendu mon allaitement encore plus challengeant. Mon premier bébé, devant ces gros seins, avait une prise un peu plus difficile… En plus d’un frein de langue et de mes mamelons plats, on a connu des difficultés, des douleurs et des pleurs. La téterelle nous a aidés. J’ai tenu bon. Lui aussi. Ensemble, on y est arrivés.
Un soir, je m’en souviendrai toujours, j’ai dit à mon bébé : « Mon cœur, on va enlever la téterelle. On va essayer sans. Je sais qu’on est capables. » Crois-moi, crois-moi pas, ça a fonctionné. Nous y étions. Une fierté. Je me souviens l’avoir regardé, avoir souri. J’ai levé la tête en l’air et souri d’une profonde gratitude et d’émerveillement.
C’est sans doute pour ça que j’ai tant persévéré : je voulais me le prouver, à moi-même et à la voix de cette chirurgienne, que j’y arriverais ! Mes gros seins et mes mamelons non fonctionnels, pleins de lait, fonctionnaient. Ooo y’able, les standards. Ooo que je les aimais, mes seins, là !
Et faut dire qu’un bébé, ça tête en titi ! Ça a permis à mes canaux de se relâcher… ou bien, sous la pression des montées de lait, ils n’ont pas eu le choix de sortir, haha !
J’écris ces mots pour toutes les jeunes femmes, mamans, qui me liront et qui seront découragées ou encore complexées… Chaque histoire lactée est unique. Tes seins sont uniques. Les défis le sont aussi. Fais-toi confiance.
Et surtout, je remercie mes beaux tits seins et tits mamelons de m’avoir permis d’allaiter mes deux enfants en allaitement long, en tandem et surtout, en connexion.
À vous, mes nichons… J’vous aime. J’apprends encore à vous aimer autrement. À chaque étape, c’est notre histoire, mes girls. Vous me suivez et changez avec les années…
(P.S. : Aujourd’hui, vous êtes plus petits qu’en 6e année, mais encore super mignons, mes nonons ! Nom affectueusement donné à mes seins par mes enfants.)


